|
• 80 pages - 35 photographies
• Textes de Marie-France BRUNE
• Propos recueillis par Sabrina ROUILLé
• Prélude de Yvon LE MEN
• éditions DIABASE
• Impression / mai 2009
Marie-France Brune a vu un jour débarquer chez elle un photog-raphe et une journaliste. Aidée par ses amis Gitans, elle tient à bout de bras, la ferme familiale au Mont-Dol près de Saint-Malo. Cet ouvrage lui a permis de mettre en forme tout le long fil d’une vie décalée qu’elle n’a jamais voulu ancrer dans la norme.
ETONNANTS VOYAGEURS : Liens
PRESSE : Couverture de Ouest-France


^ haut de page
NEWS
Dédicaces le 6 juin vers 16h00 à l'ouverture
du 7ème Mois de la Photographie à Dol de Bretagne,
rens. Office de Tourisme.
Exposition et dédicaces du 28 mai au 2 juin
lors du festival Etonnants Voyageurs
Lieu et date N.C.

^ haut de page
La Rencontre par Stéphane Maillard
La rencontre avec Marie-France et les Gitans s’est produite grâce à mon père, revenant d’une balade aux alentours du Mont-Dol. Il avait prêté main forte à deux femmes, une mère et sa fille : deux de leurs vaches s’étaient fait la belle et il les avait aidées à les rattraper. Il a discuté avec Marie-France et Joséphine qu’il m’a brièvement décrites. J’étais ébahi. J’avais l’impression, à l’entendre, qu’elles vivaient dans un autre monde. Oui dans un autre monde.
J’ai retrouvé tant bien que mal le lieu-dit, dans les vastes marais de la baie du Mont Saint-Michel. Marie-France, Joséphine et les Gitans m’ont accueilli très naturellement. J’ai alors pénétré dans un univers totalement nouveau pour moi, même s’il pouvait m’être familier par nos communes racines terriennes. J’ai senti qu’il y avait là quelque chose à raconter, un témoignage d’une époque révolue, une histoire humaine entre des
personnes que d’aucuns qualifieront de « marginales ».
Cet univers m’a rappelé la Roumanie. Je m’y étais rendu avec mon grand-père, peu de temps après le putsch qui renversa Ceausescu. J’étais
revenu de ce voyage bouleversé. A la ferme, j’ai pris le temps d’aborder Marie-France, et Joséphine, sa maman, d’une autre génération. J’ai découvert que dans une vie extrême et sans concessions, il y a un souffle d’avance. Le souffle tourné vers l’essentiel. Et si la légèreté visite parfois leur existence, le superflu n’y a pas sa place.
Un autre monde, que je découvrais et redécouvrais au fil des rencontres.
Un autre monde dans cette vaste étendue surréaliste qu’est la baie du Mont-Saint-Michel. Le voyage, ici ou ailleurs, permet de révéler des modes de vies différents, des situations auxquelles il faut faire face et s’adapter. Les histoires se suivent et ne se ressemblent pas mais elles
parlent toutes de cette même voix : elles existent et ne demandent pas mieux que de se faire entendre.
Au fur et à mesure de ces visites, la trame d’une histoire s’est peu à peu dessinée. Je décidais de la raconter à travers des photographies en noir et blanc. Cela a donné lieu à une première exposition itinérante, qui
occasionna la rencontre avec Sabrina. Puis Marie-France confia ses écrits à Sabrina : cette histoire -là, notée sur des feuilles volantes cachées au fin fond de la maison, à l’abri même du regard de quiconque. Cette histoire, son histoire, et bien écrite de surcroît.
La beauté du monde. Il y a tant à dire, tant à imager. Tant d’autres mondes, à la fois tous semblables et différents. Les souvenirs me reviennent, vécus, reçus et partagés. Un si grand nombre de réflexions m’ont pris d’assaut confronté à la vie de Marie-France. Les photographies et le récit élaboré avec Sabrina tentent de la retransmettre, mais il est des vies qui surpassent les images et les mots.

^ haut de page
La rencontre par Sabrina Rouillé
Evidemment, je me souviens. Très bien. C’était un très beau jour qui donnait envie d’aller voir ailleurs. L’ailleurs que j’ai alors trouvé à quelques kilomètres de chez moi, au Mont-Dol exactement. A l’époque, j’habitais encore Saint-Malo. J’avais visité l’exposition de Stéphane et, comme lui, j’ai pensé à la Roumanie. Mon journal souhaitait que je rencontre Stéphane qui devait m’emmener chez Marie-France. Ce fût chose faite ce 27 avril 2006.
Je n’avais pas mis mes bottes. Des grosses chaussures, certes, heureusement. Dans la cour, quelques déjections animales, des seaux çà et là, le tas de fumier, de la paille en abondance… De suite ont ressurgi dans ma mémoire les fermes de mon enfance. Celle de mes grands-parents paternels.
J’ai retrouvé les odeurs. Moi qui ne voyais plus, dans mes pérégrinations journalistiques, que des fermes propres, aux cours avenantes, j’étais surprise. Marie-France est sortie de chez elle, en bottes, blouse bariolée et fichu sur les cheveux. Ses épaisses lunettes sur le nez. Elle a souri, timidement. Nous avons dû paraître un peu gauches, elle et moi, ces premiers instants.
Elle nous a conduits dans sa cuisine. Un espace rempli à ras bord, une sorte de capharnaüm, un endroit où les tas de journaux côtoyaient la pile de vaisselle encore sale, la grande table de ferme et les bancs, le réfrigérateur et quelques cartons. Marie-France nous a servis un café et une tranche de « Papy Brossard », le marbré des « gosses ».
Ses gosses, les Gitans. On a papoté pour faire connaissance. Et puis, on est sorti, faire le tour du propriétaire. Lentement. Le temps s’y prêtait. On n’était pas pressé même si Marie-France avait du boulot par-dessus la tête.
Dans notre métier, il y a des rencontres anodines. Purement les du début à la fin. Point. Et il y a celles, rares, qui déclenchent une vraie joie. Une sorte d’émerveillement tout simple. C’est quelque chose qui m’a toujours interpellée. Il se passe quelque chose, on le sait. On sait aussi qu’on ne reverra sans doute pas la personne. C’est fugace et c’est dommage. Pas cette fois. J’ai compris qu’on allait se revoir. Marie-France m’a parlé de ses écrits, ces notes sur des feuilles volantes. Cachées. « Je n’en ai parlé à personne ». Elle voulait en faire « quelque-chose, les faire lire pour les écrire correctement ». Je lui ai proposé mon aide. Quand elle m’a confié ces feuillets, à moi, qu’elle ne connaissait ni d’Eve ni d’Adam, j’ai été stupéfaite et très touchée par sa confiance. J’ai alors découvert, en les lisant, qu’elle m’avait confié un pan de sa vie. Le plus important. Je ne devais pas l’abîmer. J’ai tenté ici de garder l’essence-même de son texte.
Je crois pouvoir dire aujourd’hui que Marie-France est devenue une amie. Une amie que je vois très peu, elle en Bretagne, moi en Normandie désormais. Nous nous téléphonons pour prendre des nouvelles ou pour la bonne année. Elle a ébranlé en moi un certain nombre de convictions. Moi qui pense que l’être humain n’est pas fait pour rester en place et que le mouvement est source de vie, je me dois, aujourd’hui, de ne plus en faire une généralité. Marie-France a sa vie aux « Grands-Champs ». Impossible, pour elle, d’imaginer vivre ailleurs.

^ haut de page
Sabrina Rouillé est née en 1974 à Dinan. Journaliste à Ouest-France, elle est actuellement attachée à la rédaction de Cherbourg, après avoir passé 5 années à la rédaction de Saint-Malo.
C’est là qu’elle a fait la connaissance de Stéphane et de Marie-France. Longtemps journaliste dans le domaine culturel, elle avoue aimer son
métier pour la possibilité qu’il offre de rencontrer des personnes toutes très différentes. L’une de ses prédilections :
écrire des portraits. Ce livre est sa première publication.

^ haut de page
Yvon Le Men
Poète, auteur de récits, de romans, Yvon le Men est aussi un Etonnant voyageur qui, de Saint-Malo à Bamako, de Sarajevo à São Paulo, se fait le passeur des poètes et des écrivains.
"Elle porte un fichu sur sa tête
Comme un morceau de ciel
Qui renvoie les étoiles
Dans les mares"
|
|
 |